La CSRD est la directive européenne qui oblige un nombre croissant d'entreprises à publier chaque année un rapport de durabilité normalisé et vérifié par un tiers. L'obligation vise les grandes entreprises, les sociétés cotées y compris les PME, et certains groupes étrangers, selon des critères d'effectif, de chiffre d'affaires et de bilan.
En résumé
- Une grande entreprise relève de la CSRD dès qu'elle dépasse deux des trois montants suivants : 250 salariés, 50 millions d'euros de chiffre d'affaires net, 25 millions d'euros de total de bilan.
- Le rapport suit les normes ESRS et s'insère dans le rapport de gestion, avec vérification externe des données.
- La directive 2025/794 d'avril 2025 a repoussé de deux ans l'application aux vagues suivantes.
- Le principe structurant est la double matérialité : l'impact de l'entreprise sur l'environnement et le social, et les risques ESG pesant sur son activité.
La CSRD, une directive européenne qui succède au reporting extra-financier
La CSRD, pour Corporate Sustainability Reporting Directive, est la directive (UE) 2022/2464 du 14 décembre 2022, entrée en vigueur le 5 janvier 2023. Elle remplace la NFRD, le texte européen de 2014 qui prenait en France la forme de la déclaration de performance extra-financière. La France l'a transposée par l'ordonnance du 6 décembre 2023 relative à la publication et à la certification d'informations en matière de durabilité, dont les dispositions figurent au code de commerce.
Le changement porte moins sur le principe que sur la nature de ce qui est attendu. La déclaration extra-financière laissait à chaque entreprise une large liberté de format, ce qui rendait deux publications difficilement comparables. La CSRD impose au contraire un jeu de normes communes, les ESRS, un format électronique balisé et une vérification par un professionnel indépendant. On passe d'une communication libre à une publication d'informations de durabilité opposable, construite comme un rapport financier.
Une entreprise soumise à la NFRD ne part pas de zéro : elle dispose d'une collecte et d'une gouvernance du sujet. La différence tient à la liberté laissée. La NFRD laissait choisir les indicateurs et leur définition, quand la CSRD les impose et les fait vérifier. Le passage de l'une à l'autre n'est donc pas une extension du périmètre, c'est un changement de nature.
La CSRD s'inscrit dans le Pacte vert européen. L'objectif affiché est de donner aux investisseurs, aux clients et aux salariés des données comparables sur la performance environnementale et sociale des acteurs économiques, au même titre que les comptes annuels renseignent sur leur santé financière. Pour une organisation qui construit déjà une stratégie RSE structurée, la CSRD apporte surtout un cadre et un vocabulaire partagés.
Quelles entreprises sont concernées par la CSRD ?
Quatre catégories entrent dans le champ d'application de la directive : les grandes entreprises, les entreprises cotées sur un marché réglementé européen y compris les PME cotées, les groupes dont la société mère dépasse ces montants au niveau consolidé, et certaines entreprises établies hors de l'Union européenne mais qui y réalisent une activité significative. Une entreprise non cotée qui reste sous les seuils n'est pas soumise à l'obligation de publication.
Les seuils qui définissent une grande entreprise
Le critère est arithmétique et se vérifie sur deux exercices consécutifs. Une entreprise est considérée comme grande dès lors qu'elle dépasse deux des trois critères du tableau ci-dessous. Ces montants ont été relevés par un règlement délégué d'octobre 2023 pour suivre l'inflation, ce qui a fait sortir mécaniquement du dispositif une partie des entreprises qui s'y préparaient.
| Catégorie | Critères (deux sur trois) | Vérification externe |
|---|---|---|
| Grande entreprise | 250 salariés, 50 millions d'euros de chiffre d'affaires net, 25 millions d'euros de bilan | Oui |
| PME cotée | De 10 à 250 salariés, avec des montants inférieurs à ceux de la ligne précédente | Oui, avec des normes allégées |
| Groupe consolidé | Seuils appréciés sur les comptes consolidés de la société mère | Oui, au niveau du groupe |
| Entreprise hors Union européenne | Activité significative dans l'Union, avec une filiale ou une succursale sur le territoire | Oui |
Une microentreprise ou une PME non cotée reste hors du dispositif. Elle peut toutefois recevoir des demandes de données de la part de ses donneurs d'ordre, puisque les entreprises concernées doivent documenter leur chaîne de valeur. C'est le principal effet indirect de la CSRD : elle atteint des entreprises qui n'y sont pas soumises, par le jeu des relations commerciales.
Les entreprises situées sous les critères ne sont pas pour autant sans réponse. L'EFRAG a préparé un standard volontaire, nettement plus léger, destiné aux PME non cotées qui veulent répondre aux demandes de leurs clients et de leurs banques sans supporter la charge du dispositif complet. Le paquet Omnibus prévoit d'en faire une limite : ce que les grandes entreprises peuvent réclamer à leurs fournisseurs de petite taille serait plafonné au contenu de ce standard, afin d'éviter que l'obligation ne se déverse en cascade sur toute la chaîne de valeur.
Les PME cotées et les entreprises étrangères
Les PME cotées bénéficient d'un régime distinct. Elles appliquent des normes proportionnées, plus légères que le jeu complet, et disposaient d'une faculté de report leur permettant de différer leur première publication. Les entreprises étrangères, elles, sont visées lorsqu'elles réalisent un chiffre d'affaires net significatif dans l'Union et y disposent d'une implantation. L'idée est d'éviter qu'un acteur non européen échappe aux exigences de transparence tout en opérant sur le marché intérieur.
Le calendrier d'application et le report de deux ans
La CSRD prévoyait à l'origine une entrée en application progressive, par vagues successives. Les premières entités visées étaient les grandes entreprises cotées de plus de 500 salariés, déjà soumises au régime précédent, pour l'exercice 2024 et une publication en 2025. Les autres grandes entreprises devaient suivre sur l'exercice 2025, puis les PME cotées sur l'exercice 2026.
Cette montée en charge a été modifiée. La directive (UE) 2025/794 du 14 avril 2025, dite directive d'arrêt du compteur, a repoussé de deux ans les obligations des deuxième et troisième vagues. Les entreprises attendues au titre de 2025 ont donc obtenu un délai supplémentaire, sans que le contenu attendu soit modifié. Ce report est acquis : il s'agit d'un texte adopté, et non d'un projet.
La Commission européenne a par ailleurs présenté, le 26 février 2025, un paquet de simplification appelé Omnibus, qui propose de recentrer le champ d'application sur les entreprises de plus de 1 000 salariés. Cette révision du périmètre a fait l'objet de négociations entre le Parlement et le Conseil. En septembre 2026, une entreprise qui se situe près des seuils a donc tout intérêt à vérifier l'état définitif du texte auprès du portail officiel plutôt que de se fier à un calendrier diffusé en 2023. Distinguer ce qui est adopté de ce qui est encore en discussion est, sur ce sujet, la précaution la plus utile.
Ce mouvement de simplification ne remet pas en cause la trajectoire de fond. Les exigences de transparence sur le développement durable continuent de se renforcer, et les acteurs financiers réclament ces données indépendamment du calendrier réglementaire.
CSRD, taxonomie verte et devoir de vigilance : trois textes distincts
Une confusion revient dans presque toutes les entreprises qui découvrent le sujet : la CSRD est assimilée à deux autres textes européens avec lesquels elle se combine sans se confondre. La distinction n'est pas théorique, car elle détermine qui pilote quoi en interne et quelle nouvelle charge de travail revient à chaque direction.
La taxonomie verte est une classification des activités économiques considérées comme durables. Elle ne demande pas un récit mais une proportion : quelle part du chiffre d'affaires, des investissements et des dépenses relève d'activités alignées. Une entreprise soumise à la CSRD publie ces indicateurs au sein du même document, ce qui explique que les deux sujets soient souvent traités ensemble.
Le devoir de vigilance, porté au niveau européen par la Corporate Sustainability Due Diligence Directive, relève d'une logique différente. Il engage la responsabilité de l'entreprise face aux atteintes aux droits humains et à l'environnement dans sa chaîne d'activités, et impose des mesures de prévention. La CSRD demande de rendre compte, la vigilance demande d'agir : la première est une obligation d'information, la seconde une obligation de comportement.
Un dernier point mérite attention : les standards sectoriels. Le jeu initial de normes ESRS est transversal et s'applique quel que soit le secteur d'activité. Des standards propres à chaque secteur devaient le compléter, et leur mise en place a été différée dans le mouvement de simplification engagé en 2025. Les entreprises dont l'activité présente des enjeux ESG très spécifiques, dans l'agroalimentaire ou l'énergie par exemple, ont donc intérêt à documenter également ces sujets au titre des normes générales, quitte à anticiper une nouvelle version des normes. Les documenter tôt évite de refaire ce travail plus tard, et rapproche le reporting de la stratégie réelle de l'entreprise.
Ce que contient un rapport de durabilité
Il suit les normes européennes ESRS, pour European Sustainability Reporting Standards, préparées par l'EFRAG, le European Financial Reporting Advisory Group, et adoptées par un règlement délégué de juillet 2023. Le premier jeu comprend douze normes : deux transversales qui fixent les principes généraux et les informations à fournir, cinq normes environnementales couvrant le changement climatique, la pollution, l'eau, la biodiversité et l'usage des ressources, quatre normes sociales portant sur les effectifs propres, les travailleurs de la chaîne de valeur, les communautés et les consommateurs, et une norme de gouvernance consacrée à la conduite des affaires.
Le principe de double matérialité
La double matérialité est le point le plus souvent mal compris. Une entreprise doit examiner chaque enjeu sous deux angles. La matérialité d'impact regarde les effets de son activité sur l'environnement et sur les personnes. La matérialité financière regarde l'inverse : les risques et les opportunités que les enjeux de durabilité font peser sur son modèle économique, ses coûts ou son accès au financement. Un enjeu retenu sous l'un des deux angles suffit à déclencher la publication.
Cette analyse conditionne tout le reste, puisqu'elle détermine les données à produire. Une entreprise industrielle et une entreprise de services n'aboutiront pas au même périmètre, et c'est voulu : la CSRD n'impose pas une liste uniforme mais une méthode. Les émissions de gaz à effet de serre restent un sujet quasi systématique, ce qui rend le bilan carbone de l'entreprise incontournable pour alimenter la norme climatique.
Où le rapport paraît et par qui il est vérifié
Le rapport de durabilité n'est pas un document séparé. Il prend la forme d'une section identifiée du rapport de gestion, déposée dans un format électronique balisé qui permet une lecture automatisée par les investisseurs et les autorités. Les informations sont ainsi rendues publiques en même temps que les comptes.
La vérification est confiée à un commissaire aux comptes ou à un organisme tiers indépendant accrédité. Le professionnel délivre un rapport de certification portant sur la conformité des informations aux normes applicables. Le niveau d'assurance demandé est modéré à ce stade, avec une exigence appelée à se renforcer, ce qui suppose une traçabilité des données comparable à celle attendue en matière financière.
Comment préparer son premier rapport de durabilité
Les entreprises qui ont franchi cette étape décrivent un chantier de douze à dix-huit mois, dont l'essentiel ne relève pas de la rédaction mais de la collecte. La mise en place d'une démarche ordonnée réduit sensiblement l'effort.
- Confirmer l'assujettissement. Calculer les trois critères sur deux exercices consécutifs et vérifier si les seuils s'apprécient au niveau de l'entreprise ou du groupe.
- Conduire l'analyse de double matérialité. C'est l'étape structurante : elle associe les parties prenantes, hiérarchise avec les parties prenantes les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance, et fixe le périmètre du reporting.
- Cartographier les données disponibles. Recenser ce qui existe dans les systèmes internes, identifier les manques, et désigner un responsable pour chacun.
- Organiser la collecte sur la chaîne de valeur. C'est la difficulté principale, car une partie des informations dépend de fournisseurs qui ne sont pas eux-mêmes soumis à l'obligation.
- Construire le plan de transition. Les normes attendent des objectifs chiffrés et datés, assortis des moyens engagés, et non une déclaration d'intention.
- Préparer la vérification. Documenter les méthodes de calcul et conserver les pièces justificatives, comme pour un audit financier.
La fiabilité des données est la difficulté sur laquelle achoppent la plupart des démarches initiales. Un indicateur n'a de valeur que si le processus qui le produit est décrit : source, périmètre, méthode de calcul, personne responsable. Les entreprises qui abordent cette phase avec les réflexes du contrôle interne financier avancent nettement plus vite que celles qui la traitent comme une opération de communication.
Le plan de transition mérite en pratique une attention particulière. La norme climatique attend une trajectoire chiffrée et les investissements qui la rendent crédible. Annoncer une neutralité carbone à échéance lointaine sans décrire les moyens engagés expose à une critique documentée, puisque la donnée est désormais vérifiée par un tiers. C'est l'un des effets les plus concrets du nouveau cadre réglementaire sur la transition écologique des entreprises.
Une organisation qui produit un rapport d'impact annuel dispose souvent d'une bonne part de la matière. La différence tient à la rigueur exigée : sous CSRD, chaque donnée doit être sourcée, reproductible et vérifiable par un tiers.
Ce que les dirigeants demandent le plus souvent
Les questions qui reviennent en réunion de direction portent moins sur le principe que sur le périmètre et sur les délais.
Quelles entreprises sont concernées par la CSRD ?
Les grandes entreprises dépassant deux des trois seuils de 250 salariés, 50 millions d'euros de chiffre d'affaires net et 25 millions d'euros de bilan, les entreprises cotées sur un marché réglementé européen y compris les PME, les groupes appréciés sur leurs comptes consolidés, ainsi que certaines entreprises étrangères actives dans l'Union européenne.
Quels sont les critères d'application de la CSRD ?
Trois critères sont examinés : le nombre de salariés, le chiffre d'affaires net et le total de bilan. Il suffit d'en dépasser deux sur deux exercices consécutifs pour être soumis à l'obligation de publication.
Quand la CSRD entre-t-elle en vigueur ?
Elle s'applique par vagues depuis l'exercice 2024 pour les plus grandes sociétés cotées. La directive 2025/794 du 14 avril 2025 a repoussé de deux ans les vagues suivantes, et une révision du périmètre a été engagée en 2025.
Quels sont les enjeux de la CSRD pour les entreprises ?
Au delà de la conformité, la directive structure l'accès au financement, la relation avec les donneurs d'ordre et la crédibilité des engagements. Les données ESG deviennent un élément d'appréciation au même titre que les indicateurs financiers.
Comment se conformer à la CSRD ?
En conduisant d'abord une analyse de double matérialité, puis en organisant la collecte des données sur l'ensemble de la chaîne de valeur, avant de rédiger la section dédiée du rapport de gestion et de la soumettre à vérification.
Quels sont les impacts de la CSRD sur le reporting ?
Le reporting cesse d'être un exercice narratif libre pour devenir une publication normée, balisée électroniquement et certifiée, dont la préparation mobilise la direction financière autant que les équipes RSE.
Contrôle, sanctions et effets sur la gouvernance
Le respect de l'obligation n'est pas laissé à la seule appréciation des dirigeants. Toute personne intéressée peut demander en justice que la société soit enjointe de publier les informations manquantes, le cas échéant sous astreinte. Les sanctions prévues ne portent pas sur le contenu de la publication mais sur les manquements à l'obligation elle-même. À cette condition près, faire obstacle aux vérifications du commissaire aux comptes ou de l'organisme tiers indépendant constitue une infraction pénale. Une entreprise qui néglige le sujet s'expose donc à un risque juridique, en plus du risque de réputation.
L'effet le plus durable se situe pourtant ailleurs. En imposant des objectifs datés et une analyse formalisée des risques climatiques, la CSRD fait remonter les enjeux de durabilité au niveau du conseil d'administration. La gouvernance ESG cesse d'être un sujet périphérique confié à une direction dédiée pour devenir une composante du pilotage, avec les arbitrages budgétaires que cela suppose.
Reste une difficulté que les entreprises signalent unanimement : la qualité des données. Produire un indicateur vérifiable suppose de savoir d'où il vient et comment il a été calculé, exigence que peu d'organisations satisfaisaient avant ce texte. Les méthodes développées pour la mesure de l'impact social répondent à la même logique, et les structures qui les pratiquent depuis longtemps abordent la CSRD avec une avance réelle.











